Partager l'article ! Madame La Maire...par Céline Hussonnois: Dominique Ber ...
Dominique Bertinotti est la maire socialiste du 4e arrondissement de Paris depuis 2001. Egalement enseignante d'histoire à l'université Paris VII, cette femme politique au parcours atypique défend ses convictions, contre vents et marées. Plantes vertes et bustes de Marianne, dont un paré de l'écharpe tricolore, fleurissent son bureau, orné de grandes étagères couvertes de livres. Des livres de voyage, d'art, de peinture, de photos mais aussi plusieurs guides de Paris. Dominique Bertinotti a beau être maire du 4e arrondissement de la capitale, elle continue à donner ses cours d'histoire à l'université. "Une façon de garder un pied dans la vraie vie", dit-elle, la pupille franche. Parce que le risque avec la politique, selon elle, c'est de s'enfermer dans un monde. Et: "Homme politique, ce n'est pas un métier."
Bien qu'il faille l'exercer, précise-t-elle, avec professionnalisme, elle avoue être dérangée par le fait que beaucoup de politiciens soient uniquement des "professionnels" de la politique. "Il leur manque quelque chose". Ils n'ont pas été dans ce qu'elle appelle, "le monde réel, celui où on essaie de concilier, plus ou moins bien, vie personnelle, vie professionnelle, vie d'engagement, entre lesquelles s'établissent des priorités, choisies et, ou, subies".
MANIFESTER POUR LA LIBERTE
Enfant, Dominique Bertinotti s'imaginait enseignante. Ou docteur. Rêves d'âge tendre pour moitié réussis. À l'âge de 16 ans, elle abandonne l'idée de la médecine. "Je ne me voyais pas confrontée à la mort, un échec pour moi. Il faut être fort pour supporter cela". Alors, l'histoire s'est imposée d'elle-même, à une femme qui a toujours été intéressée par les Hommes et les sociétés. Elle dit qu'il faut aimer les gens pour faire de l'histoire, comme pour la politique. Et puis un jour, elle a voulu monter sur la scène et passer de son fauteuil de spectatrice au pupitre d'actrice. Pour agir sur l'histoire et "contribuer à faire évoluer la société dans laquelle nous vivons". Sans être certaine d'être une optimiste convaincue,
Dominique Bertinotti est d'une nature à aller de l'avant. Coïncidence, elle vient de terminer la lecture du livre de Christian Oster, Rouler . Le récit d'un homme qui quitte son domicile pour traverser des territoires, et qui roule. "Un chemin de vie avec des rencontres plus ou moins
heureuses", résume-t-elle.
Son premier combat remonte à l'année de la terminale, quelques mois avant le bac et quelques années après mai 1968. Elle, qui se dit attachée au libre-arbitre et au fait que les citoyens doivent pouvoir choisir leur destinée collective et individuelle, se souvient des manifestations lycéennes, des revendications étudiantes, mais aussi, plus tard, de ces événements qui ont marqué l'histoire. Du coup d'État au Chili, de la mort d'Allende et de l'arrivée en France des réfugiés. "Des moments forts et nécessaires. C'était quelque chose d'évident d'aller manifester pour la liberté."
BICEPS ET PISTOLETS
Cette femme, qui n'a pas envisagé un seul instant d'endosser le costume de Présidente de la République, a des plaisirs simples. Comme être assise en terrasse au milieu des gens par très beau temps. Une tranquillité qui contraste avec la violence de la sphère politique qu'elle rejette et qui, parfois, l'écœure. "Le Congrès de Reims était insupportable (réunion en 2008 des leaders socialistes qui a laissé un parti déchiré). Ce n'était pas une confrontation d'idées, mais de la brutalité à l'état pur. Il ne manquait que les pistolets ! rit-elle, mais jaune. Peut-être qu'avec davantage de femmes, il y aurait moins cet aspect guerrier et cette envie de montrer ses biceps", s'interroge-t-elle. Selon Dominique Bertinotti, les femmes en politique se font bien rares à la tête de l'exécutif.
Peu de présidentes de région ou de collectivités. Et seuls 13,8% de maires au féminin. "La politique est un club avec des normes d'hommes, qui tolère la présence de femmes à l'unique condition qu'elles jouent et se plient à leurs règles.
Pas certaine que la France soit prête à élire une femme à la tête de l'Etat. D'autant qu'il est difficile pour les femmes de trouver leur place en politique. Leur relation au pouvoir est à la fois paradoxale et ambivalente, entre la force tutélaire, sorte de figure matriarcale pour le peuple, et la caricature." Sans être une fanatique, les quotas lui semblent ainsi un passage obligatoire pour de réels progrès vers la parité. "Il y aura bien 50% de candidates aux législatives, mais bien moins seront élues", regrette-t-elle.
UNE CITOYENNE ENGAGEE
Lors de ses débuts dans la chose politique, certains lui lançaient qu'une femme ferait bien l'affaire pour prendre une veste. On lui renvoyait qu'elle était fille et par conséquent, moins compétente. Un constat amer. "Nous ne sommes pas considérées comme des égales, déplore-t-elle. Les hommes ont un plus, d'emblée. Un garçon qui parle dit forcément des choses plus sensées qu'une femme, à qui l'on pardonne beaucoup moins ses erreurs, ou le fait, par exemple, d'être mal habillée." Dominique Bertinotti n'a pas fait l'ENA. Elle n'a pas milité dans les syndicats d'étudiants avant de faire carrière. Elle est arrivée à la politique par engagement, "par fidélité à certaines convictions", affirme-t-elle. Un parcours peu classique qui lui a souvent été reproché. Mais une force pour elle, qui ne se veut prisonnière d'aucun schéma. La force de l'engagement, un point essentiel pour elle, détaillé dans son livre Être maire à Paris: "Je distingue l'engagement citoyen de l'engagement politique. J'ai le sentiment d'avoir toujours été une citoyenne engagée, peut-être parce que, dès ma petite enfance, j'écoutais mes parents parler de la guerre d'Algérie finissante; ma mère regardait Cinq colonnes à la une."
A BAS LA GRAVITE
Bien qu'ayant travaillé avec François Mitterrand, "un maître à penser", Madame la maire n'a jamais été fascinée par ce qu'on appelle les grands hommes, parce que ce n'est pas en politique qu'il faut chercher ses modèles, assure-t-elle. Attachée à ses responsabilités d'édile, parce qu'il est "rare de prendre une décision et d'en voir sa réalisation", elle se verrait bien en charge de responsabilités nationales. Elle a beau être responsable politique, elle n'en aime pas moins la vie. Dominique Bertinotti est plus gourmet que gourmande. Et plus salé que sucré. Elle voue une sorte de culte aux herbes et aux épices, tout ce qui permet "d'apporter sa propre touche". Elle pourrait d'ailleurs rester des heures chez un marchand de senteurs, parce que les odeurs sont "un fantastique voyage". Elle se dit féministe si féminisme signifie permettre à des femmes de ne pas être sanctionnées parce qu'elles sont nées femmes. Sans tomber dans une logique de "sus aux hommes", elle regrette que cette société où le fait d'être née femme reste encore un handicap. Les avancées à mener ne seraient pas tant du côté législatif mais des mentalités. "Il faut être vigilant. Les sociétés peuvent régresser, et cela commence toujours par les femmes." Surtout en temps de crise, assure-t-elle. Plus difficile d'exercer le pouvoir lorsque l'on est une femme ? "Je l'exerce avec ce que je suis, peut-être plus dans l'écoute, dans le souci de l'efficacité et moins dans le paraître, explique-t-elle dans son livre. Est-ce dû à ma "personnalité", est-ce dû qu'à cette personnalité s'agrège le fait d'être une femme ? Je ne sais pas ; ce que je sais, c'est que les jeunes femmes d'aujourd'hui devraient être vigilantes à ne pas considérer que les victoires des luttes féministes des années 1970 sont des acquis irréversibles. Le temps n'est pas encore venu où l'on puisse affirmer que les hommes et les femmes ont les mêmes chances". Cette magistrale de la cité, dont le mot préféré est authenticité, aime rire. Une façon pour elle d'affronter les difficultés. Pour apprendre à relativiser le sérieux et le grave de la vie.
BIO EXPRESS
1954: Naissance à Paris, dans le 16e arrondissement.
1977 : Agrégée d'histoire. Elle débute sa carrière comme professeur dans un collège de l'Oise, puis de Seine-Saint-Denis.
1981 : Dans le cadre de sa thèse sur la vision de la France chez François Mitterrand, elle rencontre à plusieurs reprises le Président de la République et l'interviewe.
1989 : Maître de conférences à l'université Paris VII
1993 : Première candidature aux élections législatives dans la 1ère circonscription de Paris
1995 : Nommée mandataire des archives élyséennes de François Mitterrand
1995 : Tête de liste socialiste lors des élections municipales, elle recueille 48% des voix et devient conseillère de Paris.
2001 : Élue maire du 4e arrondissement. Elle obtient 54% des voix avec la liste Changeons d'ère.
2005 : Elle participe à la création du groupe Nouvelle Voix au sein du parti socialiste, avec pour objectif de donner de nouvelles directions au parti.
2006 : Membre active de la campagne présidentielle de Ségolène Royal et mandataire financière de la candidate.
2010 : Publication de Être maire à Paris, livre d'entretiens avec Jean Ferreux aux Editions Tétraèdre.
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