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Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 15:25


 

 

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Débats de grande qualité le 23 novembre à la Mairie du IV ème arrondissement de Paris, sous la bannière « UPP » Université Populaire Participative de l’Association Désirs d’Avenir.

Invités par Jean-Pierre Mignard, animateur de la rencontre, en présence de Ségolène Royal,

 

Maurice Botbol : Président du syndicat de la presse indépendante d'information en ligne ( le SPIIL)
Patrick Bloche : Député socialiste, secrétaire national aux médias
Jean-Marie Charon : sociologue des médias (EHESS)

Tullio Giannotti : Chef du bureau français de l'ANSA (l'agence de presse italienne)
Denis Muzet : Président de l'Institut Médiascopie
Franck Nouchi :rédacteur en chef et éditorialiste au Monde
Xavier Panon : Editorialiste à "La Montagne"
Laurent Mauduit
: co-fondateur de Mediapart

 

ont pris la parole devant une salle archi-comble pour une mise à plat des conditions dans lesquelles s’exerce (ou pas !) la liberté d’informer en France. Constat unanime : cette liberté est largement entravée.

 

Ségolène Royal propose les grandes articulations du chantier à venir pour un retour à des pratiques républicaines en accord avec les principes d’une société démocratique

 

-lutte contre l’arbitraire du pouvoir : le  débat devant faire émerger quelques idées pour constituer les « bonnes barrières »

-lutte contre le  pouvoir de l’argent : des années de concentration et d’outre-passement des seuils autorisés en matière de prise d’intérêt dans les entreprises de presse, l’amorce des dérives étant daté du milieu des années 90

-prise en compte des nouveaux outils de communication et de leurs interactions qui amène souvent une précarisation du métier de journaliste, une dégradation des conditions d’exercice. Elle rappelle que le discrédit monte en parallèle tant à l’égard des politiques que des organes d’information dont le public dénonce les roueries concordantes et l’exploitation mutuelle.

-constitution d’instances nationales de déontologie de la profession et un rappel à Albert Londres qui parlait de « porter la plume dans la plaie » et « non de lancer des pétales de roses devant les processions ».

 

Tullio Giannottiqui possède en cette matière une grande longueur d’avance, a expliqué les dérives d’un système entièrement contrôlé par le pouvoir politique, lui-même au mains d’un affairiste qui engraisse son pactole en pillant la nation. Son « inventaire à la Umberto Ecco » fait froid dans le dos. L’Italie serait désormais à la 72eme place en matière de liberté de la presse et les dégâts sont immenses, certains irréversibles si l’on songe que la presse de qualité n’aurait quasiment plus de lecteurs, même  si elle renaissait d’un système entièrement asservi. Les lobotomisateurs ont fait leur œuvre. Et beaucoup de « journalistes » même sont incapables d’articuler correctement un raisonnement.

 

Tout se résume à des escarmouches violentes entre les partisans d’un système bi-polaire qui situe tel ou tel évènement à droite ou à gauche en fonction de sa proximité supposée ou non avec le pouvoir. Quelle que soit la nature de l’évènement. Un méta-journalisme qui écrit sur lui-même, chaque jour apportant sa ration de scandales à décortiquer en « famille »…

 

Tullio Giannotti a pris la parole en dernier mais il me semble que son intervention a valeur d’exemplarité et de filtre nécessaire pour lire la suite des aventures de la presse en France : on y vient. On y est ? Oui selon lui, dans la mesure où le pouvoir s’arrange désormais pour qu’un clou chasse l’autre à la vitesse de la lumière. Bettencourt ? Discours de Grenoble. L’écran de fumée. La méthode Berlu.

 

 

Patrick Blochevenait ce jour de défendre à l’Assemblée une proposition de loi sur l’indépendance des rédactions : rejetée par 272 voix contre (201 voix pour). Ce qui montre qu’une partie de la droite se questionne quand même utilement à ce sujet. Surveillance malsaine, interventionnisme à tout va…La double dépendance politique et budgétaire de la presse malmène la liberté d’informer. Il s’appuie sur tout une litanie de dysfonctionnements (Mougeotte et le CR de l’audition de Claire T., articles censurés au sujet des pays où le propriétaire possède des intérêts, fuite de 62 journalistes des Echos au motif de la clause de conscience, invitation de Hesse à France-Inter contre Plenel, etc…).

Après un rappel de l’article 34 de la constitution, il désigne comme malsain le mode de désignation des présidents des chaînes publiques de l’audio-visuel. Et prend l’engagement politique d’un retour à des pratiques plus saines en cas d’alternance ce qui ne signifie pas une reprise du statut antérieur, déjà largement insatisfaisant.

 

Jean-Pierre Mignard

 a rappelé le cadre constitutionnel d’exercice du droit à informer : les textes fondateurs de 1789et de 1880. Un droit si précieux que la IIIe République en remit une couche. Droit constamment remis en cause de toutes sortes de manière. Un autre intervenant* parlera de combat perpétuel, sa vieille expérience ne lui faisant porter aucun regard nostalgique sur un bon vieux temps idyllique… Pourtant ne pas confondre « liberté d’expression » qui est l’oxygène de tout un chacun, et « information » qui nous permet d’être des humains avertis et donc des citoyens. Ce qui suppose une grande rigueur, un travail méticuleux sur les faits de la part des journalistes.

 

 Xavier Panon

outre son refus d’une nostalgie sans objet*,  a rappelé qu’une entreprise de presse est une entreprise. Et qu’elle doit trouver le bon modèle économique pour vivre, quel que soit son niveau d’intervention (national, local, régional) dans le débat. Il regrette l’émiettement des rédactions qui oblige souvent à un travail solitaire au risque du découragement à faire preuve de… courage.  Son groupe, Centre-France, semble en bonne santé et se permet de racheter des titres en perte de vitesse. Le coût social n’en a pas été évoqué. Selon lui on peut échapper au naufrage en se remettant en cause en permanence et en parlant « produit » : savoir ce que le lecteur attend et le proposer. On craint hélas d’avoir la réponse…

 

Laurent Mauduit qui a fait un triomphe (authentique, témoignage 100% lèche-free !) a déclaré d’entrée qu’il trouvait discutable de se retrouver à une tribune en compagnie de politiques, ne faisant d’exception que parce qu’il y était question de la liberté de la presse. On avait bien compris !

 Le médiapartien de base n’a pas besoin que l’on décrive in extenso toutes les dérives dont MDP a traité en ses colonnes. Laurent Mauduit a fait quelques rappels utiles pour planter le décor et dénoncer les croqueurs de presse, ceux qui ont accaparé le champ de l’information et qui ne sont jamais des hommes de presse.  Presse en crise partout dans le monde mais avec une spécificité française : une crise de dépendance aux « amis du palais qui vivent de la commande publique » (exception italienne prise en compte). Inimaginable aux USA (Freedom of Information Act) ou en Suède par exemple où tout citoyen peut de manière anonyme se faire communiquer tout document administratif qui soit. Le non respect de la protection des sources y étant puni par la loi ainsi qu’en Belgique depuis 2005, sauf si une vie est en danger et que l’on communique à un juge d’instruction.

Il a aussi rappelé le « crime de silence » évoqué par Mauriac et demande que l’on n’attende pas des journalistes qu’ils soient courageux : la loi devrait aussi protéger les pusillanimes s’ils ont quelque chose d’essentiel à dire qui relève de l’intérêt général.

 

Franck Nouchi

 a brossé la saga du Monde en tous ses aspects économiques et moraux, décrivant par le menu les étapes, l’attente de « jours meilleurs » qui ne viennent pas et des douloureuses recompositions jusqu’à la reprise par le trio Niel, Pigasse, Bergé. Ce dernier abondant la Société des Rédacteurs à hauteur de 10 millions d’euros. En trente ans, la part publicitaire est passée de 45% à 30% et le lectorat a en moyenne 57 ans.  En même temps la consultation du site ne cesse de progresser. Une réflexion y est menée sur la fusion des équipes papier-web, sur la parution matinale. Il reste selon lui à « réinventer » en utilisant les trois supports (journal, magazine et site) et en rajeunissant la rédaction.  Il parle d’éthique du journalisme.

 

Maurice Botbol s’est présenté comme éditeur de presse et à ce titre a fait des réserves similaires à celles de Laurent Mauduit concernant sa participation à la réunion., qualifiée de « prise de parole sans exclusive ». Dont acte. Le SPIIL représente 60 titres « en ligne »  aux dimensions variables, depuis l’entreprise d’une seule personne jusqu’à l’équipe nombreuse, et regroupe tous les modèles économiques pourvu qu’ils satisfassent aux exigences de l’entreprise de presse (mêmes droits, mêmes devoirs, respect de la convention collective des journalistes) ayant pour salariés des détenteurs de la carte de presse (pas des « usines internet »). La référence professionnelle étant la Charte de Munich de 1971.

Il déplore que l’aide à la presse, qui est conséquente, soit répartie sans aucune transparence. Aucun détail précis n’ayant jamais été donné depuis la Libération sur la nature des aides dont 1/3 dévolu à la Poste !), à qui (copinage) et combien. Selon lui, ces titres ne nécessitent pas des moyens colossaux. C’est la volonté et la détermination qui comptent (il cite Médiapart). Mais pour lui, pas de liberté sans rentabilité économique. Et un impératif : travailler sans peur.

 

 

Jean-Marie Charon a questionné la structure des médias et rappelé que l’interventionnisme de gauche avait lui aussi connu des bonheurs divers. Il pose six questions :

-l’origine de la propriété : appartenance à des individus dépendant des commandes publiques de l’Etat

-la concentration : rappel de l’accaparement par Hersant qui faisait régulièrement l’objet du débat public alors que la digestion actuelle par quelques obligés du pouvoir se passe presque de commentaires. Coup de projecteur sur la PQR de l’Est dans les mains du Crédit Mutuel (mais il a oublié l’exemple de la Dépêche et son groupe tentaculaire appartenant à un politique)

-l’autonomie des rédactions : revoir le rôle des sociétés de journalistes ou a moins celui du directeur de la rédaction qui devrait échapper à la tutelle des managers-propriétaires

-la nomination des présidents de chaînes de l’audiovisuel public : la mission Copé ayant échoué, il convient de se réinterroger pour dégager un consensus dans la société sur les missions de l’AV public.

-la gratuité : réorganiser la distribution des aides en direction des utilisateurs ?

-le « refermement » d’Internet au profit d’une toute petite quantité d’opérateurs (Google, Apple…) obligeant à des négociations permanentes avec eux contrairement aux promesses de liberté contenues initialement dans l’accès à ces nouvelles technologies

 

 

Denis Muzet a documenté la rubrique « fast news » qu’il étudie dans des chroniques régulières. Une info consommée en miettes, de manière dispersée, de plusieurs supports parfois en même temps. Plus aucun moment de prise de distance, de lecture suivie et de questionnement personnel. Surfer sur la manne-info conduit à la perte de sens, à la perte de confiance aussi dûe au chaos organisé par les émetteurs. Il dénonce la sous-traitance de l’information confiée aux intermédiaires qui mélangent info et com, le story-telling, l’info people, la psychologisation, l’apparence de scientificité présentée par les sondages, le rôle de journaliste-justicier qui dit le vrai et le juste en menant des sessions d’infos qui ressemblent à un tribunal, le roman de fiction politique qui tient lieu d’analyse des débats publics. La mort de l’information sur le modèle de la mort des autres services publics.  Qui justifie la montée de « l’abstention » publique : les lecteurs fuient, se réfugient dans les « théories du complot » qui offrent une façon biaisée de voir le monde. L’ère de la manipulation.

 

En corrolaire ont été posées les questions

-de l’avenir des jeunes journalistes, de leur précarité devenue quasiment la règle partout

-du pluralisme dont l’exigence devrait être garantie par la Nation car c’est le fond matriciel de la démocratie

-de l’organisation de la profession pour garantir un minimum de pratiques déontologiques (commission nationale de déontologie ?)

-des financements : si ce ne sont pas les marchands de canons, qui ? (évocation d’une piste « européenne » d’aide à la presse, mais pas dans le cadre actuel totalement opaque d’où la nécessité d’un véritable contrôle citoyen

-l’expression des « sans-voix » par le biais de nouveaux outils battant en brèche « l’arrogance » des journalistes (outils participatifs ? On pense à Médiapart et… aux UPP)

Il a été aussi été question, en ces temps de combat pour la démocratie, de la nécessaire complémentarité momentanée des journalistes et des politiques, ne serait-ce que parce qu’il faudra changer le cadre législatif pour que les choses évoluent de manière positive.

 

 

Par Désirs d'Avenir Paris - Publié dans : Le dossier "Liberté de la Presse" de DA Paris - Communauté : Soutiens à Ségolène Royal
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