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La Grèce, la crise et nous
Compte-rendu de la réunion organisée le 14 Juin 2010
par le comité Désirs d'Avenir Paris 19è et le réseau citoyen de solidarité européenne avec la Grèce:
«La Grèce, la France, et le krach de la zone Euro»
Environ 150 personnes ont participé à cette réunion.
Intervenants : Jean-Louis Bianco, Dominique Bertinotti , Rachel Cado et Marie Karel
Un grand MERCI à tous les bénévoles (animateurs, ou membres ou sympathisants de Désirs d'Avenir) pour leur soutien et leurs aides (prises de notes, accueil, service d'ordre, animations participatives, sono, organisation, contact, vidéo, photos etc ...) et pour la diffusion et communication de l'évènement.
Un grand MERCI à la Coordination Désirs d'Avenir Paris pour son soutien et son investissement (à Dominique Bertinotti, Vincent Jéchoux et tous les animateurs DA Paris et les membres de la Coordination DA Paris).
contact : desirsdavenirparis19@gmail.com
BLOG : http://segoleneroyal-paris19.blogspot.com
Thierry Boy
La séance est ouverte par Thierry Boy, animateur Désirs d'Avenir Paris 19ème, qui pose aux intervenants la question de savoir si la Grèce, notre berceau
philosophique et politique, au carrefour de l’orient et de l’occident , peut être vendue au plus offrant, et si une politique européenne est possible, d’autant plus que quatre autres Etats
européens sont menacés.
Dominique Bertinotti, coordinatrice des comités Désirs d'Avenir Paris., commence par remercier le 19ème de
son initiative, qui doit désormais constituer un défi à relever par tous les autres arrondissements.
Il est important qu’un des premiers débats de Désirs d’Avenir-Paris porte sur l’Europe au travers de la crise grecque. Il y a en fait trois crises. Crise du capitalisme financier, la crise grecque impose aux socialistes français, qui viennent d’inscrire la maîtrise du capitalisme financier dans leur nouveau modèle de développement, de formuler des propositions concrètes. La deuxième crise est la crise de l’Europe. La façon dont l’Europe gère la crise grecque a-t-elle la moindre chance de réconcilier les peuples abstentionnistes avec la construction européenne? Enfin la crise actuelle est une crise pour les peuples écrasés par les politiques de rigueur. Le soulèvement de la jeunesse grecque est trop récent pour qu’on ne s’inquiète pas des effets sociaux de ces plans. Rigueur pour qui ? rigueur en vue de quelles finalités?
Les bonnes réponses à la crise mondiale ne seront ni immédiates, ni simples. Quel degré de courage, quel degré de radicalité demanderont-elles pour être portées par les peuples ? Ce sont les questions que nous posons à nos invités.
Marie Karel, journaliste grecque : La crise grecque a commencé en automne 2009 quand le nouveau gouvernement Papaandreou a refusé de renouveler les accords passés avec les banques pour dissimuler les déficits grecs.A partir de janvier 2010, elle est devenue européenne en se propageant aux Etats endettés de la zone euro. Bien que le gouvernement grec ait appliqué le plan de rigueur imposé par le FMI, la situation n’a pas évolué. Tandis que L’Allemagne refusait de faire preuve de solidarité, la presse allemande grand public véhiculait l’idée de la culpabilité grecque : la Grèce a triché. La culture du Sud dans laquelle vit la Grèce (notamment horaires décalés) est profondément ignorée sinon méprisée de l’opinion allemande, qui ne connaît que la Grèce des mois d’été.
Non, le peuple grec ne mérite pas ce qui lui arrive.
Rachel Cado, animatrice Désirs d'Avenir, chef d’entreprise, distingue quatre temps de la crise :
-d’abord crise financière prévisible, dont les gouvernements portent la responsabilité.
- le gouvernement grec applique un plan d’austérité : la question de la soutenabilité de la dette se pose alors en termes sociaux et politiques.
- crise de l’inadaptation des institutions européennes à ce genre de situation.
- l’interpellation de l’Europe pose le problème d’un changement politique européen et d’un nouveau modèle économique planétaire
Pour sauver le système bancaire des effets du krach financier, les gouvernements ont mobilisé des liquidités si gigantesques qu’elles ont multiplié par 10 la dette globale des différents Etats.. Mais parce que l’inquiétude des investisseurs se prolonge, les taux montent et cet argent ne redescend pas dans l’économie réelle au niveau des entreprises et des ménages : ainsi est tuée la croissance.
Jean-Louis Bianco : La crise financière est devenue une
crise de la dette souveraine des Etats. Que la crise grecque n’est pas une crise grecque, mais une crise européenne et une crise mondiale, le dictionnaire de la crise selon Daniel
Schneidermann l’illustre avec humour:
Grèce : pays méditerranéen, peuplé de menteurs, de tricheurs et de fonctionnaires qui font en réalité le métier de chauffeurs de taxi.
Efforts : suppression du14ème mois de salaire, report de la retraite de 53 à67ans
Portugal : pays méditerranéens qui n’a rien à voir avec la Grèce
Espagne : pays méditerranéen qui n’a rien à voir avec le Portugal
France : pays totalement dépourvu de côte méditerranéenne, qui n’a rien à voir avec la Grèce, le Portugal et l’Espagne
Mensonge : manipulation des comptes publics en Grèce
Créativité : manipulation des comptes publics en France
Cette crise de spéculation n’est pas la première : en 1634, la crise des tulipes aux Pays-Bas, étudiée par Braudel, vit un oignon à sept fleurs pouvoir être échangé contre deux carrosses, leur personnel et leur équipage. Mais la crise d’aujourd’hui est exceptionnelle parce qu’elle touche le cœur du système, le cœur du réacteur, l’Angleterre et les Etats-Unis. Crise prévisible , car le capitalisme spéculatif devait conduire à des catastrophes. Les marchés ne sont pas rationnels, ils obéissent à la loi du «Greed and Fear», l’appât du gain et la peur.
L’économie financière a de moins en moins de rapport avec l’économie réelle. Quand j’étais encore à l’Elysée j’ai vu un grand patron dire : »Avec mes 120 000 salariés dans le monde on a perdu plusieurs milliards de francs, mais on a deux génies qui jouent sur les produits dérivés et qui nous ont fait gagner ce que l’entreprise a perdu» . Si deux génies font gagner plus que ce que 100 000 salariés ont perdu, cette économie marche sur la tête.
Les marchés ne sont pas légitimes pour imposer leur loi. Une taxe Tobin , une taxe minime sur les allers et retours spéculatifs, est jouable en Europe.
Rachel Cado : Le krach de 2007 a accéléré la mise en place du nouveau modèle économique mondial, qui sonne la fin de la domination de l’Occident. Un système multipolaire où le
Moyen-Orient et la Chine jouent un rôle dominant.
Face à la délocalisation accomplie ou programmée de l’industrie manufacturière, la force économique de l’Europe, ce sont les industries à haute valeur ajoutée technologique et humaine, surtout dans les PME. En Allemagne, financées par les Länder, elles font le succès des exportations. Mais, en France, on manque d’une décentralisation intelligente. Car la connaissance des PME se fait au niveau des territoires et des acteurs locaux. En contrepartie des liquidités octroyées aux banques, l’Etat aurait dû entrer dans leur capital, il se serait donné les moyens de réorganiser le système d’attribution du crédit, et il aurait pu décider de régionaliser l’investissement.
Pour une entreprise, la dette est faite pour financer de l’investissement ; pour un Etat la dette est faite pour financer de la croissance. Or en France, tandis que le déficit est à 8% du PIB , le fonctionnement de l’Etat, charge de la dette incluse, représente 7% du PIB. Il y a clairement quelque chose qui ne va pas.
En Espagne l’endettement public était raisonnable au contraire de l’endettement privé. Situation inverse en Grèce, or le plan d’austérité imposé par le FMI aboutit à faire payer au peuple grec , aux particuliers, les fautes des financiers et des politiques.
Que peut-on attendre des plans d’austérité ? L’appauvrissement des pays inquiétera les marché, les taux d’intérêt monteront, la dette s’alourdira , la perspective de la croissance s’éloignera et il y aura un risque de krach de la zone euro.
Jean-Louis Bianco : j’espère avoir raison quand je crois, pour ma part, qu’il n’y aura pas de krach de la zone euro.
Quant au déplacement du centre de gravité du monde, il est attesté par les discussions du gouverneur de la banque européenne avec son homologue chinois. La Chine, supposée devenir «l’usine du monde» et l’Inde son «bureau» fabriquent désormais des produits à forte valeur ajoutée Au-delà du développement durable, des économies d’énergie, des emplois dans les petites entreprises innovantes, il faut que nous, socialistes réfléchissions à un modèle de la durabilité des objets, contre celui de la consommation effrénée dans laquelle nous sommes.
Avec les plans d’austérité, on entre dans un cercle vicieux qui risque de fabriquer la récession qu’on a pu éviter dans la phase de la crise financière; les peuples et les économistes de bon sens pourront-ils unir leurs forces pour retrouver les marges de croissance?
Rachel Cado : parlons de l’Europe : la Grèce ne représente que 10% du PIB européen ; l’Europe a mis six mois à réagir. C’est instructif pour les autres pays. Encore l’attribution des 750 milliard est-elle conditionnée par les votes des parlements nationaux.
Pourquoi la situation de la Grèce ne s’améliore-t-elle pas ? Parce que nous avons la monnaie unique sans avoir l’intégration ni des économies, ni du budget, ni d’une dette qui serait gérée au niveau européen. L’Europe n’a pas réagi au fait que depuis longtemps les Etats du Sud avaient un taux d’inflation supérieur aux taux d’intérêt Et en revanche l’appartenance à la zone euro prive les Etats de marges de manœuvre.
Une solution serait de refonder la BCE et de mettre en place une politique économique européenne, comme Ségolène Royal l’a demandé depuis longtemps et comme Nicolas Sarkozy le demande à présent à l’Allemagne, qui avait réclamé en vain une politique économique en 2008 et qui considère n’en avoir plus besoin aujourd’hui et se rapproche des Etats-Unis. L’occasion a été manquée pour l’Europe.
Jean-Louis Bianco :Il ya cependant des choses que l’on pourrait encore faire. D’abord une simple coordination des politiques budgétaires, avant d’en arriver à un vrai budget européen. Au-delà de la coopération, et de l’agence du Trésor européen proposée par Rachel, nous devrons, nous Français, être cohérents et en arriver au fédéralisme. Outre 2008, la droite française a manqué deux occasions de faire avancer l’Europe : en 1994 en refusant la coopération proposée par Schaüble et en 1999, quand ni Jospin ,ni Chirac n’ont répondu à l’appel de Joshka Fischer. Ils ont raté le train de l’histoire.
Rachel Cado :Au-delà du niveau européen, c’est de gouvernance internationale qu’on devrait se préoccuper.
En France, 2012 viendra bien tard , mais ce qui se passe aujourd’hui en Poitou-Charentes peut nous montrer la voie. L’économie locale est soutenue par le choix de filières économiques par la Région qui a imposé des contreparties aux banques et aux entreprises bénéficiaires des subventions. Des brevets ont été déposés à l’international où des marchés se développent pour eux et la Région est actionnaire de la plate-forme qui détient ces brevets et les licences. En mars 2010, les entreprises de haute technologie de Poitou-Charentes se sont exposées au salon des émirats arabes de Djeddah..
Jean-Louis Bianco : La réforme des collectivités territoriales en cours ne concerne pas que les élus, elle concerne la démocratie et le modèle de développement que nous voulons. Ce qui se passe est une recentralisation. Bercy fixera la taxe pour toute la France et les dotations en croissance 0 seront inférieures au taux de l’inflation avec des charges augmentant de 10% par an(RSA, personnes âgées ou en situation de handicap, dépenses de personnel …), alors que c’est de l’Etat qu’est venu le dérapage budgétaire. Quant aux nouveaux conseillers territoriaux, de jour au département, de nuit à la région, ils passeront dans la région PACA, par exemple, de 123 à 240 : ce sont les économies Sarkozy.
Comme l’a dit Ségolène Royal en faisant confiance à l’intelligence des territoires, ce qui est moderne, c’est de décentraliser beaucoup plus. En région , l’Etat ne doit conserver qu’une cellule stratégique. Que les élus territoriaux prennent toutes leurs responsabilités. L’opposition, les citoyens, une presse indépendante et les chambres régionales des comptes sont sur place pour veiller au bon usage des deniers publics. Le véritable avenir, c’est de libérer les énergies des territoires et je crois que ça peut être un acte fort pour nous et pour 2012.
Débat participatifs:
la Grèce,14 06 2010 - CR-1
Interviews post-débat :
ITV citoyen grec :
ITV Jean-Louis Bianco :
Compte-rendu: Lucile Bourquelot et Elizabeth Fagois
Photos: Christine Pichette
Vidéos: Stéfanie Puyjarinet et Céline Loot
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